Numérique et loi d’orientation pour l’École

Deux textes gouvernementaux récents impactent la place du “Numérique” à l’École :

1) la circulaire du 1er Ministre concernant la place des logiciels libres dans les administrations et collectivités.

2) le rapport sur la refondation de l’École qui, page 49 et début de la page 50, évoque largement “Le numérique, une priorité pour la réussite” mais en s’en limitant à l’outil et aux usages, sans comprendre qu’il y a là des savoirs fondamentaux au delà des savoir-faire. D’autre part ce texte ne parle absolument pas de logiciels libres dans l’Éducation en totale contradiction avec la circulaire du Premier Ministre.

Les parlementaires front de gauche vont être amenés à discuter de cette loi d’orientation et à faire des propositions d’amendements.
Mais les citoyens sont également invités, par le Front de Gauche pour l’Éducation à remplir dans les assemblées citoyennes, des cahiers législatifs.

Par ce texte le Front de Gauche du Numérique veut apporter quelques éléments afin d’enrichir la réflexion des élu-e-s et des citoyen-ne-s sur une question largement accaparée par le capitalisme, qui a réussi à imposer une “pensée unique” sur ces questions. Ce texte, en prise avec l’actualité, est volontairement limité à l’Éducation. Le Front de Gauche du Numérique prépare d’autres textes, traitant du fond du Numérique dans la société du XXIe siècle, et en quoi c’est un enjeu de civilisation au moins aussi important que l’imprimerie, voire de l’écrit dans l’Histoire Humaine. Cela suppose, comme tous les autres sujets, que l’ensemble des citoyens s’en empare et en fasse un outil de l’émancipation humaine.

Un enseignement de spécialité optionnel « Informatique et Sciences du numérique » en Terminale S est entré en vigueur à la rentrée 2012.

Cette création est une première réponse, qui en appelle d’autres, à la question de la culture générale scientifique et technique au 21è siècle.

L’informatique est partout. Dans la vie de tous les jours de tout un chacun. Elle est la forme contemporaine de l’industrialisation. Or, concernant l’enseignement de l’informatique, le rapport Stratégie nationale de recherche et d’innovation, SNRI, faisait en 2009 le constat que « la majorité des ingénieurs et chercheurs non informaticiens n’acquièrent pendant leur cursus qu’un bagage limité au regard de ce que l’on observe dans les autres disciplines ». La « réindustrialisation » suppose une forte compétence globale en informatique. Les débats de société sur les transformations qu’elle engendre se multiplient : Hadopi, libertés numériques, neutralité du Net… Il y a donc un triple enjeu : former l’homme, le travailleur et le citoyen, à savoir les missions traditionnelles de l’École.

La question se pose de savoir quelles sont les représentations mentales opérationnelles, les connaissances scientifiques et techniques qui permettent à tout un chacun d’être en phase et en prise sur la société dans laquelle il vit. Sans risque de se tromper, on peut affirmer que « cliquer sur une souris » et utiliser les fonctions simples d’un logiciel ne suffisent pas à les acquérir, loin de là.

Si les sciences physiques sont devenues discipline scolaire c’est parce qu’elles sous-tendent  les réalisations de la société industrielle. Dans les débats sur l’énergie nucléaire ou les OGM, le citoyen peut s’appuyer sur ce qu’il a appris au collège et au lycée en sciences physiques et en SVT. Lors des votes sur la transposition de la directive européenne DADVSI et de la loi Hadopi, s’il fut abondamment question de copie privée, de propriété intellectuelle, de modèles économiques…, ce fut sur fond d’interopérabilité, de DRM, de code source, de logiciels en tant que tels. Dans un cas comme dans l’autre on n’a pu que constater un sérieux déficit global de culture informatique largement partagé. L’informatique est l’une des trois grandes sciences contemporaines. Le monde devient numérique…

La conséquence en est que l’informatique devient, et doit devenir davantage, discipline en tant que telle, composante de la culture générale scolaire. En effet, l’approche pédagogique selon laquelle on peut donner une culture informatique par les utilisations dans les autres disciplines enseignées par le B2i), d’une manière exclusive, s’est révélée être un échec. Un échec prévisible d’ailleurs : imaginons que l’on supprime le cours de mathématiques et qu’alors les entiers relatifs soient traités en histoire  à l’occasion de l’étude de la période avant-après JC, et les coordonnées en géographie quand on parle de longitude et de latitude ! Et pourtant c’est ce que l’on a fait avec l’informatique.

L’informatique objet et l’informatique outil pédagogique sont complémentaires et se renforcent mutuellement. L’informatique fait évoluer les objets et les méthodes des autres disciplines (voir par exemple les enseignements techniques et professionnels ou les sciences expérimentales avec l’EXAO et la simulation).  Elle est un outil de travail personnel et collectif des enseignants et des élèves, de la communauté éducative. Mais elle aussi discipline scolaire, modalité pédagogique incontournable pour donner à tous les élèves l’indispensable culture générale en la matière.

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