Lettre ouverte du FGNum Libre à nos député-e-s et nos élu-e-s de la République.

 

A l'occasion de l'ouverture au Parlement du projet de loi d'orientation sur l'école élaboré
par le ministre Peillon, nous interpellons nos député-e-s
et nos élu-e-s de la République.

A l’heure ou nous écrivons cette lettre ouverte à nos député-e-s et nos élu-e-s de la République, l’austérité imposée pour conserver le système en l’état, frappe durement les peuples d’Europe. Surmonter la crise et convaincre qu’une relance est possible devient une nécessité devant la dépression qui se généralise. Les moyens financiers existent, pour les secteurs économiques porteurs qui attendent d’en bénéficier. Car, nous avons collectivement prêté plus de 1900 milliards aux banques au taux ridiculement bas de 1%. Ce placement collectif, consenti auprès des banques doit maintenant servir en priorité à l’investissement dans une économie durable et relocalisée.

Le Front de gauche du Numérique libre plaide pour une relance raisonnée économique et sociale dans le secteur des NTIC.

La Révolution numérique et notre vie

 

La taylorisation avait montré ses limites dans l’exploitation des « ressources humaines ».

Les propriétaires des moyens de productions ont eu besoin de maitriser le flot et les flux de production qu’avait engendré le développement des forces productives de la période industrielle.

L’informatique, fille du développement des sciences mathématiques dans l’analyse et la mesure du travail d’abord manuel mais bientôt aussi intellectuel, en décortiquant les processus intellectuels à l’œuvre dans le travail, en les traduisant en logiciels assimilables dans des machines ayant toujours plus de puissance et de vitesse de calcul, fournit aux détenteurs des moyens de producton les moyens de reproduire en langage numérique, la pensée à l’œuvre dans tous les actes de notre vie.

Il n’est pas un métier qui n’ait pas été transformé par la pénétration de l’informatique, pas une technique ni même une science qui n’ait pas été fécondée et, par sa fusion avec les moyens de communication, amplifié la diffusion du savoir.

Presque tous les objets et les actes de notre vie ont un rapport avec l’informatique.

L’informatique en tant que science et grâce à des ordinateurs de plus en plus performants permet la traduction en logiciels du mouvement du vivant, et par la modélisation de tester des hypothèses sur le futur.

L’informatique contribue à la globalisation par l’effacement des distances, ainsi qu’à forger l’image du village global. Par son mode d’interconnexion horizontal elle favorise tout à la fois la centralisation de la pensée et la décentralisation de ses effets.

Ce qui transforme nos vies, actuellement, c’est bien plus que la naissance de l’écriture et du calcul, de l’imprimerie, de la révolution industrielle.

Dès le surgissement de la révolution informationnelle, deux conception du monde se sont affrontées.

Le capitalisme a tendance à s’approprier cette science , à la réduire à l’état de technique et de marchandise, à s’en réserver les fruits , à pousser à la consommation anti-écologique par l’obsolescence programmée, à en faire un moyen d’exploitation, de domination jusqu’à instaurer un fascisme technologique.

Comme en matière de sciences biologiques le capitalisme en brevetant le vivant vampirise la société.

A l’opposé, des personnes d’horizons divers militent pour le libre, souvent gratuit (la suite bureautique comprenant Word et Excel coûte 120€, les outils graphique d’Adobe de 150 à 500€).

Combien de gens savent qu’en achetant un ordinateur ils payent une dîme à Microsoft, qu’il s’agit là d’une vente forcée, illégale, condamnée par la justice et par l’union Européenne (pour vente liée) . Alors, qu’ils existent des systèmes et des logiciels libres bien plus performants,

 

Combien savent que le libre est le fruit d’un modèle coopératif, qui selon son initiateur, Richard Stelman est un mouvement social qui repose sur les principes de Liberté, Égalité, Fraternité

La France de la VIème République doit :

Au niveau national prendre des mesures législatives et gouvernementales

Garantir l’indépendance nationale

La souveraineté nationale passe par notre souveraineté informatique et la protection des données gouvernementales et industrielles.

Il n’est pas admissible que l’informatique des services publics, en particulier l’école, soient sous la tutelle des grandes firmes transnationales qui ne payent aucun impôt sur les sociétés en France sur la vente de leurs licences. Une loi doit généraliser l’usage des logiciels libres dans toutes les administrations. Et en premier lieu dans l’enseignement du primaire à l’université en passant par la formation continue.

- au niveau gouvernemental plutôt que d’instaurer un ministère, créer une délégation interministérielle car l’informatique est un domaine transversal.

Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre

La mission de l’État est d’organiser la société pour la liberté et le bien-être du peuple. Un aspect de cette mission, dans le domaine informatique, est d’encourager les utilisateurs à adopter le logiciel libre.

Les utilisateurs ont un droit légitime à la maîtrise de leurs outils informatiques, mais l’État a une responsabilité envers le peuple de maintenir et leur garantir cette maîtrise. Il exerce ce pouvoir en leur nom.

Un bénéfice supplémentaire de la migration des organismes étatiques vers le logiciel libre est d’induire des économies budgétaires et de dynamiser l’industrie locale.

« organismes étatiques » signifie les organismes publics, y compris les écoles, les partenariats public-privé, les organismes en grande partie financés par l’État tels que les écoles sous contrat, et les sociétés “privées” contrôlées par l’État ou instituées par celui-ci avec des privilèges ou des missions spécifiques.

Sont également cruciales les politiques publiques qui ont des conséquences sur le type de logiciel utilisés tant par les particulier que par les organisations :

* Les lois et les pratiques du secteur public doivent être modifiées de sorte à ne jamais obliger ni contraindre un particulier ou une organisation d’utiliser un programme non libre.

* À chaque fois qu’un organisme étatique distribue des logiciels au public, y compris des programmes inclus dans ou exigés par les sites internet de son ressort, ces programmes doivent être distribués en tant que logiciels libres, et être aptes à fonctionner dans un environnement 100% libre.

* Les sites Web et les serveurs des organismes de l’état doivent être conçus pour fonctionner parfaitement avec des environnements 100% libres sur l’ordinateur de tout utilisateur.

* Les agences d’état utiliseront uniquement les formats de fichier et les protocoles de communication qui sont bien pris en charge par le logiciel libre, et de préférence ceux dont les spécifications sont publiques. Par exemple, ils ne doivent pas distribuer des enregistrements audio ou vidéo dans des formats qui nécessitent de recourir à Flash ou à des codecs non libres. (Ceci n’est pas précisé seulement en termes de “standards”, mais comme devant s’appliquer à tous types d’interfaces, standardisées comme non standardisées)

Plusieurs politiques peuvent porter atteinte à la souveraineté informatique d’un État.

Les organes de l’État doivent exercer le contrôle de leurs moyens informatiques, et ne pas céder celui-ci aux mains d’entités privées. Ces points s’appliquent à tous les ordinateurs, y compris les smartphones.

* Tous les organismes étatique doivent migrer vers le logiciel libre, et ne doivent pas installer ni continuer à utiliser aucun logiciel non libre, sauf exception temporaire. Un seul organisme doit pouvoir accorder ces dérogations temporaires, et seulement lorsque des raisons impérieuses sont démontrées. L’objectif de cette agence devrait être de réduire le nombre de ces exceptions à zéro.

* Quand un organisme d’État finance le développement d’une solution informatique, le contrat doit exiger que ce soit une solution logicielle libre et capable de fonctionner sur un environnement 100% libre. Tous les contrats doivent l’exiger, de sorte que si les développeurs ne se conforment pas à cette exigence, leur ouvrage ne puisse être financé.

* Quand un organisme étatique achète ou loue des ordinateurs, il doit choisir parmi les modèles qui se rapprochent le plus, dans leur catégorie, de spécifications et capacités de fonctionnement sans aucun logiciel privateur. L’État devrait maintenir, pour chaque catégorie d’ordinateurs, une liste des modèles acceptés en fonction de ce critère. Les modèles disponibles à la fois pour le public et l’État doivent être préférés aux modèles disponibles uniquement pour l’État.
* L’État se doit de négocier activement avec les fabricants pour favoriser la disponibilité sur le marché (tant pour l’État que pour le public) de produits matériels (hardware) appropriés, dans tous les domaines pertinents, qui ne nécessitent aucun logiciel privateur.

* L’État devra inviter d’autres États à négocier collectivement avec les fabricants sur les produits matériels appropriés. Car ensemble ils auront plus de poids.

La souveraineté et la sécurité informatiques d’un État supposent le contrôle de l’État sur les ordinateurs effectuant des tâches de son ressort. Cela doit conduire à éviter le SaaS (Logiciel en tant que Service) à moins que ce service ne soit géré par un autre organisme étatique, et éviter de même toute pratique qui dénierait à l’État la maîtrise sur son informatique.

* Chaque ordinateur utilisé au service d’un État doit lui appartenir ou être loué par lui, et l’État ne doit jamais concéder aucune autorité à quelque société privée sur l’accès physique à ses machines, sur la capacité d’en exercer la maintenance (matérielle ou logicielle), ni sur le choix du type de logiciel susceptible d’y être installé. Dans tous les cas où il ne s’agit pas d’ordinateurs portables, ces machines doivent être utilisées dans des espaces physiques relevant de l’autorité de l’État (qu’il en soit propriétaire ou locataire).

Une autre politique inverse le degré de développement de logiciels libres et non libres :

* L’État devra encourager les développeurs à créer ou à améliorer le Logiciel Libre ainsi que tous ceux qui les mettent à disposition du public, par exemple au moyen d’exonérations fiscales ou toutes autres incitations financières. Au contraire, aucune exonération fiscale ne devrait pouvoir être accordée pour le développement, la distribution ou l’utilisation de logiciels non libres.

Un tel train de mesures doit permettre à l’État de recouvrer le contrôle et la souveraineté de ses moyens informatiques, ainsi que de mener et inciter les citoyens, les entreprises et les organisations du pays à maîtriser leurs capacités informatiques.

Pour une relance raisonnée des NTIC dans les entreprises et administrations. 

Le Front de Gauche qui a donné un sens concret à la transition écologique et à la révolution citoyenne se doit de faire des propositions sur le travail, qui, au sens appréhension, transformation de la nature, de la société dans laquelle s’exerce son activité et de lui même, est le propre de l’Homme.

L’informatique par l’objectivation des pratiques et connaissances, par sa capacité de libération du travail répétitif (abaissement du temps de travail, production d’automates) contribue d’une manière décisive à la possibilité de faire du travail une œuvre.

Les comités d’entreprises devront pouvoir influer sur le choix des logiciels de leur entreprise une formation doit êre dispensée à ses élus, et à ceux des organisations syndicales.

Pour mettre fin à l’exploitation il faut que la gestion soit transparente aux salariés.

puis à une étape supérieure expérimentant de nouveaux modes de gestion, les salariés devront pouvoir participer à la définition des objectifs et des moyens, à l’élaboration de logiciels incluant ces nouveaux critères

l’informatique doit être enseignée dans la formation continue en liaison avec la Sécurité Sociale Professionnelle afin que les salariés puissent ne plus subir une technologie qui leur arrache leur part d’intelligence de la production pour en extraire encore plus de profits mais devenir des salariés-citoyens participants à l’élaboration des logiciels pour que le travail prenne son sens créateur individuel et collectif, réfléchir à ce que l’on produit, pour qui, comment on le produit, capables d’entreprendre collectivement non seulement pour leur production à l’échelon de leur entreprise mais de la société entière.

Pour une réappropriation des savoirs :

Le domaine politique le plus important concerne l’éducation, dans la mesure où celle-ci détermine l’avenir d’une nation :

* Les activités éducatives, du moins celles assurées par des organismes d’État, doivent enseigner uniquement les logiciels libres (et donc ne devraient jamais conduire les élèves à utiliser un programme non libre), et devrait enseigner les raisons civiques de promouvoir le logiciel libre.
Enseigner un programme non libre revient à enseigner la dépendance, ce qui est contraire à la mission de l’école.

 

En matière d’enseignement à tous les niveaux faire que l’informatique ne soit plus considérée comme une simple technique (apprendre à cliquer au bon endroit) mais comme une science du raisonnement de notre temps, science qui a acquis son indépendance vis à vis des mathématiques.

Doivent être enseignées les notions d’algorithme, de langage et de programme,de rétro-activité, de machine et d’architecture, de réseau et de protocole,d’information et de communication, de données et de format etc…

L’échec du B2i (brevet informatique et internet) est pourtant patent. Mis en place en école-collège-lycée et CFA, il évite l’enseignement de l’informatique à l’école et la réappropriation des savoirs informatiques.

Les B2i école, collège et lycée ont été mis en œuvre sous l’ancien gouvernement et pour la rentrée 2012. Ils servent à ce qui est appelé pudiquement à « attester le niveau acquis par les élèves dans la maîtrise des outils multimédia et de l’internet ». On apprends un peu plus loin « Ils permettent aussi de mieux préparer les élèves à un usage responsable des technologies de l’information et de la communication ». Ce qui veut dire en termes clairs que les élèves sont préparés dès l’enfance à devenir des consommateurs captifs des grands groupes internationaux essentiellement américains qui préconisent l’utilisation de leurs logiciels fermés et payants. Cet état de faits est nuisible aux partage du savoir.

 

Mais cette logique de privatisation et de fermeture des savoirs, doit faire face à une fronde des enseignants jusqu’aux chercheurs pour libérer les connaissances. La relance raisonnée par le partage du savoir est crédible et passe par une révolution numérique et citoyenne.

Et comme le dit R. Stallman, les écoles devraient utiliser le logiciel libre et l’enseigner :

« Les écoles devraient apprendre à leurs élèves à devenir les citoyens d’une société forte, compétente, indépendante et libre.

Ce sont les raisons principales pour lesquelles universités et écoles de tous niveaux devraient n’utiliser que du logiciel libre.

Partage

Les établissements scolaires doivent enseigner les valeurs du partage en montrant l’exemple. Le logiciel libre aide l’éducation, en permettant le partage des savoirs et des outils :

au niveau local

Au niveau local le front de gauche doit s’efforcer de sensibilise les élus, responsables d’associations, formateurs, étudiants et universitaires , la population aux enjeux de l’informatique libre, organiser des conférences- débat où seront invités des personnalités défendeurs du libre.

Dès maintenant les élus doivent être informés des enjeux à l’œuvre dans ce domaine par des conférences voire des formations.

Dès maintenant nos municipalités doivent adhèrer à l’April, aboutir au remplacement des systèmes propriétaires par l’adoption du logiciel libre dans leur système informatique car il existe des systèmes libres pour les collectivités locales ( Adullac et Open Mairie).

Nos municipalités doivent encourager à passer au libre les associations, cyber-bases, foyers de personnes âgées, les centres multimédias, de leur territore (l’économie du paiement des licences à la multinationale Microsoft paiera la formation des formateurs ) et là où il n’en existe pas encourager à les créer

Au niveau global

Une grande bataille idéologique doit être menée dès maintenant, pas seulement pour contrer les positions admises ou les propositions floues, mais par le savoir acquis de l’alliance à chaque pas entre la théorie et la pratique ouvrir la route d’un autre continent celui de la liberté et de la fraternité.

Partout ou nous avons quelques forces nous devons initier des assemblées citoyennes, nous efforcer de créer des fronts thématiques du numérique libre et en partenariat avec les autres Fronts thématiques relancer la campagne contre l’austérité.

Nous devons encourager tous nos membres, nos comités et fronts à ne se servir que de logiciels et systèmes libres, s’inscrire à l’April, et les autres associations du libre. Renforcer ces associations et y apporter et/ou puiser leur savoir.

Au niveau du Front de Gauche pour les prochaines échéances électorales,

Nous devons soutenir des initiatives comme celles de Nosdeputes.fr pour faire connaître nos ateliers législatifs et candidats.fr pour responsabiliser nos élues aux enjeux du numériques. Nous devons diffuser les séries de logiciels métiers qui ont été réalisés, tels Open Mairie10 développé par la ville d’Arles en partenariat avec des entreprises de Marseille et sa région, dont ont pu bénéficier des centaines de mairies de France, permettant une coopération entre les différentes collectivités territoriales, réalisant ainsi des économies d’échelle par la mutualisation des nouvelles « briques logicielles » apportées au pot commun par les différents acteurs, selon le modèle du libre qui ne fonctionne que parce que chacun-e apporte ses apports à tou-te-s et le produit de ces efforts collectifs est librement accessible à tou-te-s.

La Révolution Informationnelle doit dans notre programme de « l’humain d’abord » avoir une place au moins aussi importante que celle de la transition écologique.

De son orientation dépendra que s’instaure une société esclavagiste techniciste ou qu’au contraire advienne la libre coopération d’hommes créateurs

 

Le 14 Mars 2013

 

Le FGNum libre.

 

 

 

 

 

 

 

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