Lettre à Jean-Luc Mélenchon

Le Front de Gauche du Numérique
à
Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle

Cher camarade,

À la Bastille le 18 mars, tu disais ceci :

« C’est nous qui étendrons les territoires de la liberté là où l’inventivité humaine et son génie a créé de nouveaux espaces. Car c’est nous qui dirons : la liberté sur la toile est inaliénable, et il ne sera plus jamais permis de faire Hadopi. »

Le Front de Gauche du Numérique, qui a lancé un appel « pour une révolution numérique et citoyenne », propose qu’un de tes prochains discours pédagogiques développe cette question, qui ne se limite pas d’ailleurs à la liberté sur Internet.

Bien sûr tu sauras, comme d’habitude, trouver les mots forts pour le dire et le faire partager à toutes et tous.

Nous voulons seulement t’apporter quelques éléments, pour alimenter ta réflexion, sur le sujet du numérique et de la révolution informationnelle, dont le capitalisme s’est emparé et pour lequel il a entretenu auprès du peuple l’idée que c’était une boîte noire incompréhensible et réservée à des experts, ainsi devenue un instrument supplémentaire de la société de domination dans laquelle celui-là nous plonge.

De bons textes pour balayer les analyses du Front de Gauche du Numérique :

1. Chacun sait qu’est en cours une «révolution numérique» qu’on appellera plutôt «révolution informationnelle» (informatique et information numérisée).

En effet, au cours du XXème siècle est née une science nouvelle : l’informatique. Celle-ci a engendré du matériel (ordinateurs et réseaux) mais aussi et surtout de la production intellectuelle : les logiciels. Ces logiciels ont ensuite permis la création et la diffusion de richesses culturelles, scientifiques etc. – en un mot informationnelles – et augmenté significativement le champ de la liberté d’expression.

Dès le début la lutte a été engagée entre les tenants d’une marchandisation de ces biens communs immatériels – fondée sur une économie de rente permise par la «vente» de licences au détriment des libertés des utilisateurs et par des portefeuilles de brevets instituant de nouveaux monopoles – et ceux qui voulaient partager ces biens communs entre tous les êtres humains et en faire un nouvel espace de liberté. C’est l’affrontement bien connu entre Bill Gates créateur de Microsoft et Richard Stallman père du mouvement pour les logiciels libres, le premier traitant le second de «communiste d’un nouveau genre». [Le logiciel libre, selon son initiateur, est un mouvement social qui repose sur les principes de Liberté, Égalité, Fraternité.]

 

2. Or la dite «propriété» intellectuelle est une notion fallacieuse comme le dit Sophie Duvauchelle sur son blog citant Condorcet qui disait déjà : « Nous avons cru devoir terminer cet ouvrage par quelques réflexions sur la propriété littéraire. Un homme a-t-il le droit d’empêcher un autre homme d’écrire les mêmes choses que lui-même a écrites le premier ? Telle est la question à résoudre. En effet, on sent qu’il ne peut y avoir aucun rapport entre la propriété d’un ouvrage et celle d’un champ, qui ne peut être cultivé que par un homme ; d’un meuble qui ne peut servir qu’à un homme, et dont, par conséquent, la propriété exclusive est fondée sur la nature de la chose. »1

Victor Hugo au Discours d’ouverture du Congrès littéraire international de 1878 disait aussi : « Le principe est double, ne l’oublions pas. Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient —le mot n’est pas trop vaste— au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous. »2

Il ne viendrait à personne l’idée de marchandiser le théorème de Pythagore et pourtant le capitalisme l’a fait avec les idées informatiques en déposant des milliers et des milliers de brevets sur les logiciels, c’est-à-dire sur la décomposition en étapes de raisonnements pouvant être tenus par un cerveau humain. Les brevets logiciels sont le fer de lance d’une humanité totalement aliénée n’ayant même plus la «propriété» (sans que l’on sache bien ce que cela puisse vouloir dire) de certaines fonctions de son cerveau !

 

3. L’École est pour le Front de Gauche une préoccupation centrale. Outre la nécessaire généralisation des logiciels libres pour équiper les établissements et pour l’enseignement ainsi que celle des ressources éducatives libres, nous souhaitons ardemment que le Front de Gauche défende dans son programme, que tu défendes en tant que candidat, un indispensable enseignement de l’informatique pour tou-te-s sous la forme d’une discipline scolaire.

 

4. L’informatique est partout. Dans la vie de tous les jours de tout un chacun, permettant des interactions humaines qui même si elles sont dématérialisées, ne sont pas virtuelles. Elle est la forme contemporaine de l’industrialisation. Or la «réindustrialisation» suppose une forte compétence globale en informatique3. Les débats de société sur les transformations qu’elle engendre se multiplient : Hadopi, libertés numériques, neutralité du Net… Il y a donc un triple enjeu : former l’homme, le travailleur et le citoyen ; à savoir les missions traditionnelles de l’École.

Dire simplement que l’École doit permettre aux élèves de «savoir cliquer» en plus de lire, écrire et compter (comme lu dans le programme de François Hollande), c’est oublier que les futur-e-s femmes et hommes, travailleur-se-s et citoyen-ne-s ont besoin d’avoir des représentations mentales opérationnelles, les connaissances scientifiques et techniques pour être en phase et en prise sur la société dans laquelle ils vivent.

C’est pourquoi l’informatique doit devenir, davantage qu’aujourd’hui, discipline en tant que telle, composante à part entière de la culture générale scolaire.

 

5. Nous insistons également sur la nécessité de promouvoir des mesures d’alphabétisation numérique large sous forme d’éducation populaire. Nous n’en avons pas encore discuté mais ne faudrait-il pas envisager de proposer dans chaque village et dans chaque quartier à côté de la mairie, de l’école, des bureaux de poste du XXIème siècle ? Des espaces publics numériques équipés d’ordinateurs avec des animateurs, fonctionnaires territoriaux, capables de former les citoyen-ne-s à ces technologies, réactualisant le vieux rêve de Jean Macé : « Partout où il y a un champ ; partout où il y a un esprit, qu’il y ait un livre. ».

 

6. Dans ton discours de la Bastille du 18 mars 2012 tu as également parlé de notre souveraineté et dit : « La souveraineté telle est la grande question qui va désormais engager toute l’Europe ». À l’ère du numérique, cette souveraineté passe par notre souveraineté informatique. Il n’est pas admissible que l’informatique des services publics, en particulier l’école, soient sous la tutelle des grandes firmes transnationales qui ne payent aucun impôt sur les sociétés en France sur la vente de leurs licences. Une loi doit généraliser l’usage des logiciels libres dans toutes les administrations.

Nous demandons également que toutes les collectivités territoriales utilisent exclusivement des logiciels libres. Nous ne partons pas de rien. L’association Adullact par exemple travaille dans ce sens et a déjà aidé de nombreuses administrations à s’équiper et à former les utilisateurs.

Des séries de logiciels métiers ont été réalisés, tels Open Mairie développé par la ville d’Arles en partenariat avec des entreprises de Marseille et sa région, dont ont pu bénéficier des centaines de mairies de France, permettant une coopération entre les différentes collectivités territoriales, réalisant ainsi des économies d’échelle par la mutualisation des nouvelles « briques logicielles » apportées au pot commun par les différents acteurs, selon le modèle du libre qui ne fonctionne que parce que chacun-e apporte ses apports à tou-te-s et le produit de ces efforts collectifs est librement accesible à tou-te-s.

 

7. Une impulsion nationale est nécessaire, les petites entreprises du logiciel libre n’ayant pas les possibilités financières de répondre à des appels d’offres pour généraliser leurs solutions. Cette question devra être traitée par une nouvelle délégation interministérielle au numérique évoquée plus bas, dans le but de relancer l’investissement productif utile, en interaction avec les pôles publics de l’industrie dans chaque territoire et le pôle financier public.

 

8. Concernant Internet, la nécessaire égalité des citoyen-ne-s à face à l’accès pose aussi la question des réseaux à haut débit sur tout le territoire. Faut-il laisser ceci à la charge des collectivités ou aux opérateurs de télécommunications ? Au risque de nombreuses «zones blanches» non rentables.

 

9. Sans doute y-a-t-il là un «grand chantier» à entreprendre comme le XIXème ou le XXème siècles ont su le faire avec le réseau de chemin de fer ou le réseau électrique. C’est un chantier immense qui pourrait être porté par une délégation interministérielle au numérique ayant pour objectif principal l’aménagement homogène de notre territoire en fibre optique en synergie avec les collectivités territoriales et la coordination entre tous les projets numériques en matière d’éducation, d’équipement des organismes publics etc. Il va de soi qu’un certain nombre d’infrastructures (celles que l’on nomme «non duplicables» doivent être nationalisées dans le cadre d’un nouvel opérateur public des télécommunications (re-nationalisation de France Telecom – Orange).

 

Aujourd’hui les media et certains lobbies réduisent la question du Numérique à celle de savoir par quoi l’on pourrait remplacer HADOPI et comment on rémunère les artistes (en réalité, ceux qui sont labellisés par l’industrie capitaliste du «divertissement»). Ceci est un arbre certes important mais qui cache une forêt de potentialités en termes de développement économique et d’aménagement du territoire, en termes d’éducation et de formation tout au long de la vie, de cohérence des politiques publiques etc. L’enjeu de la réindustrialisation est fondamental pour la France, mais le Numérique permet également la mise en place concrète de modes de production extra-capitalistes, non-centralisés, basés sur la coopération et l’échange, que le Front de Gauche doit comprendre et promouvoir.

Pour la première fois, une révolution scientifique et technique a une portée libératrice à l’échelle de l’humanité et dans un temps record. Universaliser et démarchandiser l’accès à la connaissance devient possible. Internet est ainsi un gigantesque espace de démonstration concrète des limites du capitalisme, sans aucun doute une nouvelle «frontière» que l’humanité doit franchir contre ceux qui veulent en ce domaine étendre ce que nous appelons les nouvelles enclosures. Les logiciels libres, les communautés interactives, le partage et l’élaboration collective de l’information sont une remise en cause de la pyramide traditionnelle des pouvoirs, appelant la coopération et l’échange. Ces sujets, dont de nombreux acteurs soulignent l’absence dans la campagne, sont pourtant au cœur d’un nouvel affrontement de classe. Ce combat concerne l’humanité tout entière. Il est celui du rétablissement d’un rapport de force politique permettant de dépasser la société du péage et ses nouveaux féodalismes, et de construire la société du partage, celle du communisme informationnel. L’Humanité a tout à y gagner. Et ce qu’elle a à y perdre cette fois-ci n’est rien moins que la substance du monde.

Nous sommes bien entendu à ta disposition pour en discuter de vive voix si tu le souhaites.

 

Fraternellement et librement.

 

Pour le front de gauche du Numérique,

Gérard Blanchet (GU), Sophie Duvauchelle (PG), Jérôme Relinger (PCF)

Rosaire Amore, Yves Contreras, Guillaume Desguerriers, Emmanuel Dessendier, Hervé Le Crosnier, Yann Moulier Boutang, Charlie Nestel, Bruno Rivier, Gilles Roussi, Hugo Roy, Anita Rozenholc

 

1. Nicolas de Condorcet, Fragments sur la liberté de la presse, 1776

2. Victor Hugo, Discours d’ouverture du Congrès littéraire international de 1878

3. concernant l’enseignement de l’informatique, le rapport Stratégie nationale de recherche et d’innovation, SNRI, faisait en 2009 le constat que « la majorité des ingénieurs et chercheurs non informaticiens n’acquièrent pendant leur cursus qu’un bagage limité au regard de ce que l’on observe dans les autres disciplines »

OWNI – Viva la resolution

Article publié initialement sur OWNI. sous licence CA by-nc 2.0/fr. Par Andréa Fradin.

Un Front de Gauche révolutionnaire sur les cultures numériques. Enfin en théorie. Bien moins en pratique. À l’instar de la majorité des partis en lice, la formation de Jean-Luc Mélenchon oublie la société de l’information. Pourtant, à ses côtés, de petites mains turbinent pour apporter de vraies idées nouvelles sur le sujet. Passées sous silence.

Ce n’est pourtant pas faute de s’appliquer. Il y a quelques jours, le “Front de Gauche numérique”, section fondée en novembre dernier, invitait blogueurs et journalistes à discuter de “tous les sujets numériques du point de vue de la campagne présidentielle du Front de Gauche et de son candidat, Jean-Luc Mélenchon.” L’occasion, pour ses représentants Sophie Duvauchelle et Jérôme Relinger, d’annoncer dans la foulée l’ouverture d’une plate-forme collaborative visant à étayer le programme numérique du parti. Mais à l’étayer seulement : Jérôme Relinger est formel, il ne s’agit pas de combler un vide mais “d’affirmer les pistes de travail [du Front de Gauche] tout en donnant la parole à des acteurs parfois en contradiction.”

Un peu plus tôt dans la campagne, son homologue socialiste Fleur Pellerin avait subi le feu des critiques en instaurant une initiative similaire, appelant les internautes à enrichir les idées du camp Hollande sur Internet, via une adresse mail. Du côté du Front de Gauche, on ne mise pas sur une boîte aux lettres fermées, mais sur un “wiki”, site sur lequel il est possible de consulter toute contribution, et auquel n’importe qui peut participer, à l’image du célèbre Wikipedia. “Ce sera totalement libre, sans modération a priori”, poursuit Sophie Duvauchelle. Une ouverture susceptible d’être vite parasitée, “mais en cas de trolling ou de propos injurieux, on interviendra” assure la responsable du Front de Gauche.

Choix de civilisation

Au-delà des aspects formels, ce qui différencie le Front de Gauche numérique de son alter ego hollandiste est une pratique consommée du terrain. Sophie Duvauchelle est enseignante et ancienne informaticienne ; Jérôme Relinger, délégué TIC du Parti Communiste Français, traîne ses guêtres d’ingénieur dans le e-milieu depuis 1995, tentant de convertir les coco au réseau.

Une éternité à l’échelle des partis politiques, poids lourds comme Petit Poucet, qui peinent à se saisir d’Internet ailleurs qu’à la marge. Une variable qui se fait également sentir dans le discours : la réflexion sur Internet est ample, vient s’amarrer à une pensée plus globale de “la société informationnelle”, miroir d’évolutions dépassant l’unique prisme numérique. Une approche syncrétique qui tranche avec celle, plus fonctionnelle, des éléphants de la campagne, PS comme UMP, qui ont tendance à “sectorialiser” Internet.

“Internet n’est pas un truc de geeks, il renvoie à un vrai choix de civilisation”, martèle Jérôme Relinger, “c’est une question politique qui a des conséquences politiques.” En particulier, il constitue selon lui une forme d’actualisation du capitalisme contemporain, sous forme de “capitalisme du savoir”.

Pour cette raison, le Front de Gauche numérique “défend l’idée qu’il faut instaurer un rapport de force” sur le sujet, fustigeant “l’apparence de consensus qui prédomine dans le discours ronronnant.” “Il faut choisir entre le capitalisme de la société du péage et la société du partage”, ajoute Jérôme Relinger, pour qui Internet est aujourd’hui la cible “d’un accaparement concerté pour rendre rare l’abondant, privé le public, rentable le gratuit”.

Application

Un état des lieux qui épouse parfaitement les lignes de force du Front de Gauche mais qui offre peu de prises concrètes. Rapidement, la question se pose de la conformité de la réflexion aux exigences pratiques d’un gouvernement. Interrogée sur ce point, l’équipe techno du Front de Gauche déroule doctement.

Sur les accès et le déploiement du haut et très haut débit : “Un droit, qui passe par la constitution d’un pôle public des télécoms et la mise en place de certaines obligations, comme la couverture des zones non rentables, en contrepartie des licences attribuées aux opérateurs de télécommunication.”

Pour l’éducation au réseau : “Une formation à mettre en place dès l’école et tout au long de la vie afin que l’usage d’Internet ne se résume pas à la consommation d’une boîte noire et pour faire de la France une grande puissance en matière de logiciels.”

Et sur l’Open-Data : “Toutes les données émanant d’une entité publique doivent être mises sous format copyleft. Du raccordement en fibre optique aux multiples licences prévalant dans le droit d’auteur, le vocabulaire est précis, le sujet maîtrisé.

Reste le gros morceau, auquel tout prétendant à une expertise sur Internet ne peut aujourd’hui échapper : l’après-Hadopi. Mesure phare de l’e-sarkozysme, l’institution en charge de protéger les œuvres sur Internet est également l’emblème de la “société de péage” que le Front de Gauche numérique souhaite renverser sur Internet. “Un système qui recherche la rentabilité et dont le corollaire est la surveillance : à ce titre, Hadopi n’est que le poisson-pilote d’initiatives plus larges comme Sopa et Pipa aux États-Unis  ou Acta, regrette Jérôme Relinger.

En lieu et place de la Haute autorité donc, une sorte de “Sécurité sociale” de la culture, qui passe par l’instauration d’une plate-forme publique pour la diffusion des œuvres, dont le financement reposerait notamment sur une redevance et sur des taxes matériels et publicitaires. “Pour impulser ce modèle novateur, la France doit avoir un courage politique à l’échelle européenne. Mais on a bien imposé celui de la Sécurité Sociale, non ?” lance Jérome Delinger, confiant.

“Vous voudriez que je sois candidat au ministère d’Hadopi ?”

Un courage dont le candidat du Front de Gauche ne semble pas vouloir se draper. A l’instar de la majorité des prétendants à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon ne fait pas d’Internet une priorité. Pas encore objet politique, il est davantage perçu comme un support de communication. Ce qui réussit bien au candidat d’extrême-gauche : sa webcampagne est présentée comme un franc succès, du fait notamment de la popularité de son blog ou de la web-série consacrée à ses aventures. Le tout pour la bagatelle de 100.000 euros – une broutille à l’ombre des millions consacrées au web du côté de l’UMP et du PS.

Sur le fond néanmoins, l’enthousiasme est moindre. Seul le versant culturel d’Internet apparaît dans son programme, principalement sous couvert de l’abrogation d’Hadopi. La fin de la loi Loppsi y est aussi rapidement évoquée.

En février dernier, le candidat s’était agacé suite aux questions pressantes de l’un des journalistes de l’émission Radio France Politique, portant sur l’après-Hadopi (26e minute). Exposant dans un premier temps sa préférence pour une “la licence globale”, qui a la faveur d’une partie du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est dit ouvert au débat : “moi je suis prêt à discuter de tout, sauf de la restriction de liberté.”. Pressé de donner davantage de précisions, le candidat s’était par la suite exclamé : “je ne vous dis pas que je suis le meilleur spécialiste, je me suis toujours opposé à tous ces trucs. [...] Vous voudriez que je sois candidat au ministère d’Hadopi ? [...] Vous voulez que je vous explique comment, dans quelle condition, avec quel brevet et avec quel logiciel ? Et bien je ne peux pas le faire !”

Il faut dire qu’Hadopi, et son éventuelle alternative, constituent aujourd’hui le seul point saillant de la réflexion des présidentiables sur Internet. Le seul, bien souvent, qui apparaisse dans leur programme. Au PS et à l’UMP, il est au cœur d’une lutte d’influence sanglante. Pressions, lobbying, variations idéologiques et retournement de veste : une logique classique en politique, particulièrement criante dans ce domaine. S’il est absurde d’exiger de chaque candidat qu’il sache coder les yeux fermés en récitant la biographie de Richard Stallman, la complexité du sujet et les réactions en chaîne suscitées par sa simple évocation justifient à elles seules l’insistance des journalistes à obtenir une réponse précise des candidats.

L’après-Hadopi dépasse le seul numérique. Jean-Luc Mélenchon l’a d’ailleurs bien compris : sur ce même plateau de Radio France, il assimilait la logique de l’offensive Acta à celle d’autres accords impulsés par les États-Unis pour contrôler des secteur bien éloignés Internet. Mais force est de constater que le candidat n’est pas à l’aise dans le domaine. Ce qu’il n’apprécie guère.

Work in progress

Ses troupes expliquent pourtant que le Front de Gauche, “en tant que parti de transformation qui a pour ambition de changer le monde”, ne “peut pas éviter cet axe fondateur” que constitue Internet. D’autant que pour Jérôme Relinger, “le numérique sème la révolution.” Pour autant, ces mêmes responsables numériques prennent bien soin de préciser que leurs idées ne sont pas forcément celles du candidat. Comment expliquent-ils la désaffection de Jean-Luc Mélenchon ? Selon eux, les formats médiatiques traditionnels ne permettent pas de développer avec justesse une pensée d’Internet. Une idée également développée par les candidats de partis plus modestes, que nous avions rencontrés il y a quelques semaines.

L’acculturation est aussi mise en cause : work in progress ! A la manière de l’écologie, explique Jérôme Relinger, Internet peine encore à s’imposer dans le milieu politique. “Le niveau de conscience sur le sujet n’est pas plus élevée dans les partis politiques !” poursuit-il.

De la même manière qu’Internet n’est pas un sujet prioritaire pour les électeurs, il ne l’est pas non plus dans l’esprit des présidentiables. Ce qui explique le faible relais dont a bénéficié la conférence du Front de Gauche numérique, tout comme leur wiki – moins d’une centaine de personnes s’y sont inscrites.

Mais ce qui ne les empêche pas de continuer à parler d’Internet.

01net – Présidentielle 2012 : le Front de Gauche appelle à la révolution numérique

Article reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur Pascal Samama, initialement paru sur 01net dans leur dossier sur la Présidentielle côté numérique.

En total désaccord avec la politique numérique de l’UMP, Jean-Luc Mélenchon milite pour que les TIC (technologies de l’information et de la communication) soient mises « au service de l’émancipation des êtres humains ».

Le Front de Gauche prend le numérique à bras le corps. On pourrait croire que le parti du candidat Mélenchon se contente des meetings et des distributions de tracts sur les marchés. Pas du tout ! Il s’est doté d’un arsenal numérique qui se compose d’un site et d’une webApp compatible avec tous les appareils qui gèrent le HTML5. Des applis sont également en cours de réalisation. Mais, au-delà de la webcampagne, le parti a des positions tranchées sur les grands sujets liés aux nouvelles technologies.

« Un débat qui n’a jamais eu lieu »

Sophie Duvauchelle (co-responsable de la commission Numérique du Parti de Gauche) et Jérôme Relinger (membre de la direction nationale et responsable de la commission NTIC du PCF) nous ont reçus pour expliquer leur approche. « Le numérique est avant tout un choix politique, même s’il repose sur une technique. Pour preuve, les dernières révolutions se sont appuyées sur ces technologies. Nous voulons qu’ici aussi, les citoyens s’impliquent », nous explique Sophie Duvauchelle. Pour cela, un wiki a été mis en ligne pour donner la parole à ceux qui désirent la prendre. Il ne s’agit pas seulement d’alimenter une réflexion, mais « d’écrire un projet numérique ambitieux. » À ceux qui pensent que le Front n’a pas de réel projet, Jérôme Relinger répond : « Le numérique nécessite un débat qui n’a jamais eu lieu en France. Dans ce domaine, on ne peut décider à trois et imposer arbitrairement sa vision à l’ensemble de la population. »

Pour ces militants, le débat numérique n’est pas différent des autres projets sociaux : « Des partis (de droite, Ndlr) prônent la concurrence dans le matériel et la non-concurrence dans l’immatériel. Ils oublient que même dans le numérique, c’est l’humain qui prime. Il y a un rapport de force entre la société du péage et celle du partage. » Le lien avec l’Hadopi et la licence globale est fait.

S’inspirer du modèle de la Sécurité sociale

Pour le Front de Gauche, la loi mise en place par l’UMP est le « poisson pilote » d’un projet mondial de contrôle qui apparaît avec l’Acta. Quant à la licence globale, elle ne répond pas réellement aux enjeux posés. D’autres alternatives sont explorées comme l’adaptation du modèle de la Sécurité sociale à celui de la culture ou en créant un service de téléchargement public. « La culture est, comme la santé, un bien commun qui doit être accessible à tous, précise Sophie Duvauchelle. Il faudrait mettre en place un système de cotisation qui est plus juste qu’une taxe. » Pour Jérôme Relinger, il est préalablement nécessaire de « reconstruire un pôle public des télécommunications composé d’acteurs du public et du privé ».

Dans tous les cas, comme l’a affirmé Jean-Luc Mélenchon à différentes occasions, le Front de Gauche est anti-Acta, pour la protection des données personnelles, pour la neutralité du Web, pour le logiciel libre et pour la création d’une discipline scolaire adaptée aux enjeux. Cela a le mérite d’être clair !

Enfin, nous avons demandé aux deux responsables s’ils se sentent proches d’organisations comme le Parti Pirate ou les Anonymous. « Le Parti Pirate ne présente pas de candidat et ne veut pas s’engager pour l’un ou l’autre », explique Jérôme Relinger. Quant aux internautes masqués, Sophie Duvauchelle est claire : « Nous sommes parfois d’accord avec les combats qu’ils mènent, mais la plupart de leurs actions sont contre-productives, comme le blocage du site du Parlement européen. Cela ne débouche sur rien. Et puis, le temps de la révolte n’est pas celui de la révolution. » Les idées avancées par le Front sont effectivement révolutionnaires. Seront-elles reprises ou débattues par les autres partis qui, dans ce domaine, ont moins d’imagination ?

Publication de l’appel

Nous avons l’immense plaisir de vous annoncer que depuis que l’on travaillait dessus, à la fois sur le wiki de campagne et la liste de discussion, le bébé est enfin né !

Vous pouvez lire et signer l’appel de notre Front thématique, intitulé «Pour une révolution numérique et citoyenne». La liste des signataires sera disponible d’ici quelques jours.

Nous ouvrons également au public notre outil collaboratif de campagne, afin d’instaurer dans les actes la participation de tou-te-s les citoyen-ne-s aux changements que l’arrivée au pouvoir du Front de Gauche ouvrira.

Soirée OpenData

Stéphane Bortzmeyer nous a représentés hier mercredi 29 février lors de la table ronde organisés par Regards Citoyens, Wikimedia France et Open Street Map France, intitulée «Open Data, Open Content & Open Gouv – Quels enjeux pour l’après présidentielle ?». Les autres intervenants étaient Jean-Louis Missika (équipe de François Hollande), Jean-François Martins (Modem), Frédéric Neau (EELV), Pierrick Prévert (équipe de Corinne Lepage), Jean-Baptiste Raphanaud (équipe de Nicolas Dupont-Aignan) et Franck Riester (UMP).

Les fichiers son et vidéo devraient être disponibles prochainement.

Conférence de presse

Le Front de Gauche du Numérique a le plaisir de vous inviter à une conférence de presse jeudi 1er mars à 17h au local de campagne « l’Usine » (8, rue Chassagnolle aux Lilas 93). Jérôme Relinger et Sophie Duvauchelle répondront à vos questions sur tous les sujets numériques du point de vue de la campagne présidentielle du Front de Gauche et de son candidat, Jean-Luc Mélenchon.

ACTA : le capitalisme financier privatise la connaissance

Le FGNum a produit un tract destiné à être distribué dans les différentes manifestations organisées partout en France contre le projet de traité ACTA.

Soirée candidats.fr

Sophie Duvauchelle a représenté hier mercredi 25 janvier le Front de Gauche lors du débat organisé par l’APRIL dans le cadre de la présentation de la version 2012 du questionnaire aux candidat-e-s à la Présidentielle. Les autres intervenants étaient Benjamin Lancar (UMP), Frédéric Neau (équipe d’Éva Joly), Fleur Pellerin (équipe de François Hollande) et Jean-Baptiste Raphanaud (équipe de Nicolas Dupont-Aignan).

Les fichiers son et vidéo devraient être disponibles prochainement.

Réunion constitutive

Et voilà, c’est parti !

Le 21 décembre 2011 s’est constitué le Front de Gauche du Numérique, lors d’une réunion à l’Usine avec la participation de :

Il a été décidé de travailler à la rédaction d’un manifeste du Front de Gauche du Numérique, pouvant servir de base à la constitution d’un appel des acteurs du numérique et de l’informationnel : appel à voter pour nos candidats (Présidentielle et Législatives) dans un premier temps, appel également à construire dans la durée un rassemblement d’idées, de contenus et de propositions progressistes sur les sujets qui sont les nôtres.

Nous avons également décidé de construire, autour de quelques larges thématiques, un ensemble de convictions et de propositions qui nous permettraient de prendre part aux débats électoraux et de poser un premier ensemble de positions publiques, à continuer de construire ensuite avec celles et ceux qui le souhaitent.

Débat Arts Festival

Samedi dernier 17 décembre, Sophie Duvauchelle a représenté le Front de Gauche lors du débat organisé par Libre Accès et intitulé « Quels sont les enjeux de la présidentielle pour internet, l’éducation, la création et le logiciel libre ? Réponses & Perspectives ». Les autres intervenants étaient Gilles Bon-Maury (PS), Benjamin Lancar (UMP) et Frédéric Neau (EELV).

Les fichiers son et vidéo seront peut-être disponibles un jour…

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